Xavier Darcos a voulu recentrer l’école primaire sur les fondamentaux. Espérant faire croire que jusqu’ici, on avait plutôt souhaiter voir les élèves se concentrer sur la pâte à sel et la maitrise du téléphone portable. Cela marche bien dans l’opinion, comme le prouve par exemple la réaction de Daniel Glazman :
[Xavier Darcos]a entièrement raison. Et il serait temps que les employés de l'Education Nationale arrêtent un peu de nous bassiner les oreilles et réalisent de temps en temps qu'ils sont des serviteurs de l'Etat et non les décideurs de l'Etat. Je souhaite qu'on enseigne l'alphabet dès la classe 1 de petite section de maternelle ; je n'ai pas dit la lecture, j'ai bien dit l'alphabet.
Il est vrai que quand on lit la pétition de l'UNSA, on peut comprendre la réaction de Daniel : ils donnent l’impression de rejeter les fondamentaux. Il aurait été plus intelligent de leur part de montrer que le projet Darcos n’est pas novateur concernant la volonté des acquis. Peut-on réellement penser que ses prédécesseurs n'aient pas pensé qu'une bonne maitrise de la langue et du calcul mental était indispensable ?
Reprenons les programmes proposés un an plus tôt (pour le premier cycle et pour le second cycle, puisque c'est eux qui concentrent l’apprentissage des fondamentaux) par gilles de Robien, l'ancien ministre :
Dès quatre ans, quelquefois avant, la plupart des enfants sont attentifs aux écrits qui les entourent. […] L’école maternelle doit les aider dans cette appropriation progressive des formes écrites du langage et du principe alphabétique qui structure l’écriture du français.
Miracle, c’était déjà là. Un peu plus loin, Daniel souhaite qu'on
enseigne des rudiments d'anglais dès 5 ans
, pendant que le programme De
Robien indiquait l’apprentissage d’une langue est commencé dès la dernière
année d’école maternelle
.
Continuons. Daniel dit qu'on avance vers une lecture absolument acquise à
l'entrée en CP pour tous les enfants. Qu'on enseigne des rudiments d'anglais
dès 5 ans. Que toutes les tables de multiplication de 1 à 10 soient connues à 6
ans. Que le calcul mental soit une priorité majeure
. Les programmes du
second cycles (de la dernière année de maternelle au CE2) s'ils ne fournissent
pas un échéancier si précis, proposent tout de même : entre 5 et 6 heures
de mathématiques par semaines, avec 15 minutes quotidiennes minimum de calcul
mental et entre 9 et 11 heures de maitrise de la langue par semaine. Est-ce
trop peu ? Peut-être, mais cela montre déjà une certaine préoccupation
pour les fondamentaux.
La grande réussite de Darcos, aidé par un syndicat qui n'a pas su trouver le bon discours, est d’avoir réussi à faire passer une réforme de la forme (la façon d’enseigner) comme une réforme de fond (ce qui doit être enseigné). Je ne saurais dire qui a raison des syndicats ou du ministre sur la façon d’enseigner. Je ne supporte simplement pas d’utiliser l’argument fallacieux du retour aux fondamentaux et le faux procès qui l’accompagne.