L'avis de Nicolas B.

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Tag - enseignement

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vendredi 19 septembre 2008

Qualification minimale

Monsieur Darcos, vous vous interrogez sur la nécessité d’un bac+5 pour faire faire des siestes à des enfants de maternelles, comme je suis quelqu’un de serviable, voilà quelques éléments qui vous permettront d’en juger :

  • Pour répondre précisément à la question : non, un bac+5 n’est pas nécessaire pour faire dormir un enfant de maternelle. C’est d’ailleurs pour cela que dan la quasi-totalité des écoles, cette tâches est déléguée à un Agent territorial spécialisé des écoles maternelles (Atsem), qui dispose de leur propre concours de recrutement, qui nécessite un CAP. D’ailleurs, si vous vous demander si c'est à un bac+5 de nettoyer les bêtises ou les incidents pipi de nos chères têtes blondes, la réponse sera la même.
  • Si le but de votre question de mettre en cause l’intérêt d’un bac + 5 pour s'occuper des enfants de maternelles, la réponse serait toute différente. C’est que voyez vous, je sais que ça peut surprendre, mais entre deux siestes, un enfants apprend pas mal de chose à la maternelle. Alors certes, il n’est peut-être pas nécessaire d’avoir un bac + 5 pour cet apprentissage, mais quand on voit qu’il faut un doctorat en lettre moderne pour proposer de donner des médailles aux nouveaux bacheliers, on doit pouvoir accepter ce nivèlement par le haut.
  • Enfin puisque votre principale inquiétude semble être le gâchis de compétences qui a lieu pendant la sieste, je tiens à vous rassurer : la plupart du temps, les professeurs des écoles profitent des siestes pour aider leurs collègues qui ont des élèves qui ne font pas de sieste.

Pour conclure monsieur le ministre, je souhaite malgré tout vous soutenir dans votre démarche. Tenter d’installer dans la tête des français l’idée que l’enseignement en maternelle est inutile, par des arguments aussi médiocres, est dans la droite lignée de votre dernier succès, qui était de convaincre les mêmes français que les enseignants ne s’intéressaient plus aux fondamentaux. Il était temps qu’un ministre ait le courage de désinformer l’opinion.

lundi 19 mai 2008

Mauvais français

Dans le sillage du retour aux fondamentaux de Xavier Darcos, la pravda le figaro, nous livre un bien bel article de fond qui nous explique comment d’horribles textos sont apparus dans les copies de notre baccalauréat. On y trouve une citation de Danielle Manesse, professeur de sciences du langage à la Sorbonne nouvelle , qui nous donne une raison limpide : Les élèves savent qu'ils utilisent un code, un langage secondaire. La baisse du niveau en orthographe serait plutôt le résultat du peu de temps consacré à l'étude de la langue à l'école.

Pour respecter l’orthographe d’un langue, il faut l’aimer. Je ne sais pas pour vous Danielle, mais pour moi, l’amour n’est pas une question de temps. Cela a certainement à voir avec la séduction, le désir, l’envie, mais pas avec le temps. Confortez donc notre cher ministre pour faire de notre langue un Arnolphe de l’enseignement, nous connaissons déjà la fin.

lundi 5 mai 2008

Les portes ouvertes de monsieur Darcos

Xavier Darcos a voulu recentrer l’école primaire sur les fondamentaux. Espérant faire croire que jusqu’ici, on avait plutôt souhaiter voir les élèves se concentrer sur la pâte à sel et la maitrise du téléphone portable. Cela marche bien dans l’opinion, comme le prouve par exemple la réaction de Daniel Glazman :

[Xavier Darcos]a entièrement raison. Et il serait temps que les employés de l'Education Nationale arrêtent un peu de nous bassiner les oreilles et réalisent de temps en temps qu'ils sont des serviteurs de l'Etat et non les décideurs de l'Etat. Je souhaite qu'on enseigne l'alphabet dès la classe 1 de petite section de maternelle ; je n'ai pas dit la lecture, j'ai bien dit l'alphabet.

Il est vrai que quand on lit la pétition de l'UNSA, on peut comprendre la réaction de Daniel : ils donnent l’impression de rejeter les fondamentaux. Il aurait été plus intelligent de leur part de montrer que le projet Darcos n’est pas novateur concernant la volonté des acquis. Peut-on réellement penser que ses prédécesseurs n'aient pas pensé qu'une bonne maitrise de la langue et du calcul mental était indispensable ?

Reprenons les programmes proposés un an plus tôt (pour le premier cycle et pour le second cycle, puisque c'est eux qui concentrent l’apprentissage des fondamentaux) par gilles de Robien, l'ancien ministre :

Dès quatre ans, quelquefois avant, la plupart des enfants sont attentifs aux écrits qui les entourent. […] L’école maternelle doit les aider dans cette appropriation progressive des formes écrites du langage et du principe alphabétique qui structure l’écriture du français.

Miracle, c’était déjà là. Un peu plus loin, Daniel souhaite qu'on enseigne des rudiments d'anglais dès 5 ans, pendant que le programme De Robien indiquait l’apprentissage d’une langue est commencé dès la dernière année d’école maternelle.

Continuons. Daniel dit qu'on avance vers une lecture absolument acquise à l'entrée en CP pour tous les enfants. Qu'on enseigne des rudiments d'anglais dès 5 ans. Que toutes les tables de multiplication de 1 à 10 soient connues à 6 ans. Que le calcul mental soit une priorité majeure. Les programmes du second cycles (de la dernière année de maternelle au CE2) s'ils ne fournissent pas un échéancier si précis, proposent tout de même : entre 5 et 6 heures de mathématiques par semaines, avec 15 minutes quotidiennes minimum de calcul mental et entre 9 et 11 heures de maitrise de la langue par semaine. Est-ce trop peu ? Peut-être, mais cela montre déjà une certaine préoccupation pour les fondamentaux.

La grande réussite de Darcos, aidé par un syndicat qui n'a pas su trouver le bon discours, est d’avoir réussi à faire passer une réforme de la forme (la façon d’enseigner) comme une réforme de fond (ce qui doit être enseigné). Je ne saurais dire qui a raison des syndicats ou du ministre sur la façon d’enseigner. Je ne supporte simplement pas d’utiliser l’argument fallacieux du retour aux fondamentaux et le faux procès qui l’accompagne.

mercredi 16 avril 2008

32000 inutiles

Authueil trolle sur les manifestations étudiantes, terminant son analyse par un chiffre avancé par la cour des comptes en 2005 : 32000 enseignants n'exercent pas d’activités pédagogiques. La conclusion hâtive suit : on peut supprimer des postes, ça n’influera pas sur la qualité.

J’adorerais y croire. Seulement voilà, n’ayant jamais brulé un cierge à la gloire de saint Pernault, patron des poujadistes, j’ai appris à me documenter quand un chiffre me paraissait exubérant. La sortie de ces chiffres a été sujette à une énorme polémique. On peut notamment trouver en ligne la réaction de la FSU, qui commente notamment les chiffres postes par postes. Certes, entre la FSU et la cour des comptes, la palme de la partialité est largement destinée à la première mais certains arguments sont parfaitement recevables :

Présenter comme sans activité pédagogique les conseillers pédagogiques (3350 ETP), les enseignants à temps plein ou partagé en IUFM ou dans le supérieur (universités ou IUT) ne peut relever d’une approche sérieuse.

[…]

Tout en soulignant « qu’on peut rencontrer, dans d’autres organisations, des taux de décharge syndicale plus élevés » et que celles-ci ne sauraient être contestées, le rapport ne les intègre pas moins dans les 32 000 équivalents temps plein « hors enseignement » dont la commission des finances demande au « Gouvernement de préciser clairement la justification ».

Par ailleurs, le président de la cour des comptes, Philippe Seguin, y était également allé de son allocution (daté injustement sur le site du mois de novembre 2004 alors qu’elle a été tenue en mars 2005) pour relativiser l’utilisation des chiffres de ce rapport :

[…] les extraits choisis, isolés de leur contexte, ne donnaient une impression largement erronée des constatations opérées par la Cour et n’entraînaient par ailleurs des interprétations infondées du propos de celle-ci.

[…]

La conclusion même du rapport de la Cour en est la preuve :

Je cite sa dernière phrase :

" S’il est (...) possible de répondre à la question « qui, combien et pourquoi des enseignants des premier et deuxième degrés ne se trouvent pas devant des élèves pour y exercer le métier pour lequel ils ont été recrutés ? » (...) il est difficile de porter un jugement entier sur le caractère justifié ou non de cette situation. "

Mais si, mais si, il est facile de porter un jugement hâtif sur la situation, ne vous inquiétez pas. Authueil serait-il prêt à parier que le nombre d’enseignant exerçants une activité pédagogique sera stable à la rentrée prochaine ? Moi pas. En attendant, scandons qu’il faut faire du qualitatif et non du quantitatif, sans préciser ce qu'on propose pour améliorer la qualité, la mode est aux slogans vides de sens.

vendredi 29 février 2008

Point de deuxième chance

D’après le site de 20 minutes et le Monde, des étudiants de la Faculté de Poitiers, soutenus par la présidence de celle-ci, des professeurs et des politiques, se sont mobilisés contre l'affectation d'un professeur d’histoire du droit, en raison de son passé au sein du mouvement d'extrême droite le GUD.

Cet enseignant, Benoît Fleury, parce qu'il a été reçu premier à l’agrégation, avait le droit de choisir librement la Faculté où il désirait exercer. C'est la règle universitaire, elle s'impose à tous et elle doit bénéficier à quiconque se trouve en statut de pouvoir réclamer son application. A Benoît Fleury comme à tout autre, partout ailleurs en France.

Ce n’est pas la conception qui prévaut à Poitiers.

D’abord, une pétition réunissant quelque deux cent cinquante signatures, dont celles de trois députés socialistes de la Vienne et du Doyen de la Faculté des sciences humaines et arts, prétend s’opposer à la venue de ce nouvel agrégé parce que son passé ne plaît pas.

Philippe Bilger — La honte sur Poitiers ?

Je crois que de tels comportements, sous prétexte de lutte contre l’extrémisme, me dégoutent au moins autant que l’extrémisme lui même.