Web-guérilla
Par Nicolas le vendredi 11 juillet 2008, 09:36 - Blogosphère - Lien permanent
Dans l’affaire Guy Birenbaum contre les blogueurs d’opinions les plus connus, je suis admiratif de la stratégie du premier nommé. Une véritable démonstration, un truc qui s’apparente aux techniques de guerillas urbaines, appliquées au web.
Phase 1 : Créer l’agitation
Alors que la situation était plutôt calme. Lors d’un check point, un incident éclate : un blogueur critique l’intérêt d’une vidéo diffusé par un site d’information. En représailles, la résistance décida de taper un grands coup : elle s’en prend au responsable du check-point mais en profite également pour tirer dans le tas. Le but est de faire réagir l’ennemi, de le faire sortir de ses positions.
Phase 2 : Le repli stratégique (ou le cessez-le-feu imaginaire)
Dès la première attaque, il est important de se protéger avant de préparer l’assaut. La stratégie de Guy Birenbaum a été de se replier derrière la victimisation. L’ennemi est une meute, l’ennemi veut la peau de ceux qui s’en prennent à lui. Dès ce moment, il était paré : toutes les attaques légitimes se retrouvent bloquées par cette merveilleuse protection.
Phase 3 : Les escarmouches
La première réplique est la seule attaque à être sur le site de Guy Birenbaum. Ensuite, il va chercher l’ennemi sur son terrain de jeu. C’est une putain de bonne stratégie : présent partout, il augmente l’agitation. Absent chez lui, il est plus difficile à prendre en faute. Le conflit, ainsi éclaté, est moins lisible. C'est comme cela que Guy arrive à dire que versac n’a pas répondu à ses questions alors qu’il l’a fait.
Conclusion
Ne vous attendez pas à un dénouement, la guérilla est faite pour durer. Par contre, ne vous trompez pas de conflit, il ne s’agit pas d’une guerre entre blogueurs influents et journalistes. Non, ce n’est pas ça. D'une part parce qu’un blogueur influent c’est comme une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête et d’autre part parce qu’il est difficile de confondre le journalisme avec Guy Birenbaum. Reste qu’encore une fois, la stratégie "première attaque violente, victimisation et huile sur le feu chez les autres" me semble sacrément bien pensée.
Commentaires
Merci ! Depuis une semaine, j'essaie à mes moments perdus de synthétiser cette stratégie. Vous y êtes parvenu, bien mieux que je n'aurais espéré le faire.
Eventuellement, il resterait juste à caser la pirouette (?) rhétorique (?) pleine de bon goût, ayant consisté à diffuser une vidéo où le stratège se met en scène sous les traits d'un otage (parce qu'on a le sens des proportions, of course)... avant d'affubler Versac d'"Ingrid Betancourt du blog"
La vidéo faisait parti de la stratégie de victimisation. Par contre, oui, j’ai fait l’impasse sur quelque chose de très important : le ton. Partout Guy Birenbaum a pris soin de montrer un détachement exagéré, surtout pour quelqu’un qui suit la plupart des fils de commentaires parlant du sujet. Je suppose qu’il fallait montrer que lui, contrairement aux blogueurs, ne prenait pas cela au sérieux.
En fait, c'est le procédé qui consiste projeter sur les autres ses propres agissements qui me laisse coi : se prétendre otage, puis prétendre que son contradicteur joue les otages me semble l'exemple en être l'exemple le plus... disons... significatif, mais sans doute pas le seul.
D’où l’avantage de jouer la carte de la dérision, il y a toujours une solution de repli. Car après tout cette vidéo Oû il est otage, comment peut-on la prendre au sérieux ?
Analyse très fine et très juste
@narvic : vu la qualité de tes analyses en règle générale, je prends ça comme un énorme compliment.
C'est exactement ça. D'autant plus que Birenbaum sait parfaitement qu'on va lui répondre, même si au départ il n'attaque qu'Embruns et les "blogueurs zinfluents" sans les nommer : il allume une mèche.
Après il faut aussi voir que si il n'y avait pas eu le cas Versac / Aphatie (et là pour le coup c'est le blogueur qui attaque), qui a démultiplié la polémique, Birenbaum aurait beaucoup moins bien réussi son coup.
Attaquer, se poser en victime, faire preuve de mauvaise foi (Versac avait tout de suite répondu à ses allégations...) : la panoplie du polémiste est parfaitement maîtrisée. Et le polémiste est un guérillero...
Il y a autre chose d'assez symptomatique qui ressort bien dans l'article de France24, les deux ne jouent absolument pas dans le même registre. Nicolas argumente, Guy Birenbaum est dans le registre de la petite phrase, du bon mot : « plus gros kiki », « Ingrid Bétancourt des blogs »,…
Humm, pendant que j'y suis, autant de commentaires sur ce billet, cela signifie-t-il que Versac est un « people » ?
@François : oui,le coup d’Aphatie/versac a été une aubaine inespérée. Surtout qu’il permet de créer un front commun imaginaire.
@Celui : Oui, rester sur la légèreté décrédibilise le débat. C’est son crédo initial : ces gens ne sont pas à prendre au sérieux. c’est lui qui dicte le ton : ses attaques sont sérieuses, fondées, le reste est amusant, peu importe si ce n’est pas le reflet de la réalité.
Je n'exclus d'ailleurs pas que la réaction d'Aphatie soit, comment dire, liée à la première.
Excellente analyse. Le problème, avec la guerrilla, c'est la contre-guerrilla à organiser. Birenbaum est seul, usant sans aucun problème de la mauvaise foi la plus patente, très mobile (sérieux/futile/attaque/victimisation...), à un, point qui rend celui qui est un peu attaché à un mode de guerre conventionnelle (respect de la convention de genève sur la prise d'otages de faux débats, etc...) un peu fou.
Ceci-dit, quand on analyse les réactions à son discours, ses arguments ne prennent pas. Quasi aucune réaction d'empathie à sa mise en cause proffessionelle à mon égard. Pas d'agrément de ses lecteurs, qui s'en foutent.
De fait, il n'entraine pas ses lecteurs avec lui. Il se bat contre les blogueurs, mais n'attrape pas les lecteurs de ceux-ci. Son seul succès : faire se détourner les blogueurs de leur cours naturel, et parler de sa pomme.
Tout ça pour ça !
Je reste persuadé que ça ne déplairait pas l'égo du monsieur en question de décoller un peu de sa 601e place actuelle du classement Wikio. C'est vraisemblablement en raison de ce score guère au niveau de son standing, qu'il dénonce sans relâche ce même classement et s'attaque en priorité à ceux qui figurent en tête.
Malheureusement, la stratégie d'attaque risque de ne pas porter tous les fruits escomptés, puisque dans les trois billets de Versac, Embruns et Koz qui sont au coeur de cette polémique, seul Koz met un lien vers la page du monsieur sur le post... Pas de quoi grappiller beaucoup de places le mois prochain...
Finalement cette polémique lui rapporte seulement un peu de notoriété, facilement acquise, mais guère monétisable en audience supplémentaire . Je ne pense pas qu'il ait beaucoup recruté de nouveaux lecteurs pour lepost en allant porter le fer chez Koz ou chez Jules...
Toute cette énergie déployée pour si peu...
Tout ça pour ça en effet... C'est typiquement de la stratégie de buzz : ça s'enerve pendant une période courte, puis ça retombe, et à la fin on n'a pas gagné de nouveaux lecteurs pour autant.